crédit Joe Desoua
06/11/2019

Réduire les déchets des clubs de sport : compte-rendu de l'atelier achats responsables

  • #SPORT

L'atelier sur les achats responsables et la gestion des déchets de la communauté sport et climat a eu lieu le 15 octobre 2019 à la Maison des acteurs du Paris durable. Ces ateliers sont co-organisés par la Ville de Paris et l'Agence Parisienne du Climat, en partenariat avec le Comité Départemental Olympique et Sportif de Paris et la Recyclerie Sportive.

Intervenants :

  • Emmanuelle Boissier, Chargée d’études, Agence Parisienne du Climat
  • Dorothée Bompoint, Pôle communication institutionnelle et grand public, Eau de Paris
  • Mathilde Wouts, Direction de la Propreté et de l’Eau de la Ville de Paris
  • Julie Sauvetre, Zero Waste France
  • Julien Cazier, Président du club de Jiu Jitsu Brésilien Gracie Barra Paris

Promouvoir l’eau du robinet et supprimer les bouteilles plastiques avec Eau de Paris 

Eau de Paris (EDP) est l’entreprise publique en charge de la gestion et de la distribution de l’eau à Paris. Elle a comme mission de promouvoir l’eau du robinet. Paris compte 1200 fontaines (à localiser ici) qui permettent aux Parisiens de se désaltérer. Avant l’organisation d’un événement sportif dans l’espace public, il est possible de contacter EDP pour s’assurer du bon fonctionnement des fontaines sur le parcours.

 « Le Paris de l’eau zéro plastique » pour lutter contre les bouteilles plastiques

La consommation de l’eau en bouteille est responsable de nombreux déchets plastiques qui polluent les océans. Ces déchets sont facilement évitables dans une ville comme Paris où l’eau du robinet est de bonne qualité. Pour ce faire, EDP a lancé sa campagne « Le Paris de l’eau zéro plastique » en en partenariat avec Surfrider Foundation  et Gobilab pour inciter les Parisiens à abandonner l’eau en bouteille. Une étude a été réalisée dans ce cadre pour connaitre les pratiques lors des événements sportifs et culturels : 41% des spectateurs y achètent une boisson qui sera, pour moitié une bouteille d’eau en plastique.  Une Plateforme numérique a été créée pour engager les Parisiens à adopter 5 gestes pour diminuer leur consommation d’eau en bouteille. A la clé, une gourde végétale en canne à sucre et en bambou a été remise sur certains événements estivaux pour lancer le mouvement. EDP a été présente sur une trentaine d’événements cet été pour faire la promotion de l’eau du robinet.

Enfin, la campagne a donné lieu au lancement d’un Action Tank qui donnera lieu à des actions concrètes pour dire adieu aux bouteilles dans 5 secteurs économiques. Ces groupes de travail donneront lieu à la publication d’un livre blanc des bonnes pratiques/méthodologies courant mi-avril, qui sera accessible à tous.  

Les clubs prennent la parole :

  • Comment faire en sorte qu’EDP mette à disposition des points d’eau pour éviter le recours aux bouteilles lors des compétitions sportives organisées sur l’espace public (type courses) ?

Eau de Paris essaye d’être présente sur un maximum d’événements. Elle décide des événements sur lesquels intervenir lors de l’élaboration du plan de communication annuel, il faut donc se manifester au mois de novembre pour qu’elle puisse étudier les demandes avec la Direction générale. EDP peut également proposer des prestations payantes de mise à disposition de fontaines en complément de ses actions gratuites comme l’installation de brumisateurs sur les bornes incendie.

  • Dans certains établissements sportifs, l’eau des sanitaires était chaude durant la canicule. De plus, la forme des sanitaires ne permet pas toujours de remplir une gourde. Beaucoup de clubs utilisent les locaux de la Ville et donc n’ont pas la compétence d’installer des fontaines. Les clubs expriment leurs attentes d’un meilleur accès à l’eau dans les équipements sportifs de la Ville.

 

Organiser des animations pour sensibiliser à la prévention des déchets avec Direction de la propreté et de l’eau de la Ville de Paris  

La Direction de la Propreté et de l’Eau de la Ville de Paris (DPE) est en charge des sujets liés à la collecte des déchets à Paris et à leur réduction. En 70 ans, la production de déchets a été multipliée par deux et aujourd’hui, chaque Parisien produit plus d’un kilo de déchet par jour soit 499kg par an, contre 239 kg/hab/an en 1940. Or, les trois quarts des déchets retrouvés dans les poubelles des Parisiens pourraient être évités, en réduisant par exemple le suremballage ou en luttant contre le gaspillage.

Des animations pour sensibiliser les sportifs aux déchets

La DPE propose plusieurs dispositifs gratuits pour permettre aux clubs de sensibiliser leurs adhérents à la prévention des déchets :

  • Les clubs peuvent organiser des opérations de plogging (course à pied qui consiste à ramasser en même temps le maximum de déchets) pour sensibiliser leurs adhérents.  Les divisions territoriales de la DPE peuvent fournir le matériel nécessaire (sacs, gants…). Une jauge permet de quantifier le nombre de mégots ramassés (Adresser une demande à  la DPE)

  • Lors des compétitions sportives ou autres temps forts, les clubs peuvent demander à la Ville d’organiser des stands d’animation grâce aux éco-animateurs mis à disposition par le Syctom. A titre d’exemple, un atelier sur le gaspillage alimentaire est proposé et un autre sur le cycle de vie d’un ballon ou d’une bouteille. Ces animations permettent à petits et grands de comprendre les pollutions générées par ces produits de la phase d’extraction des matières premières jusqu’à leur enfouissement. (Compléter le formulaire se trouvant à la fin du compte-rendu et l’adresser à la DPE)
  • En partenariat avec les éco-animateurs du Syctom, la DPE peut organiser des troc party lors d’évènements sportifs. Cet événement facile à organiser permet aux participants d’échanger matériel sportif et vêtements et favorise le lien entre les participants. (Compléter le formulaire se trouvant à la fin du compte-rendu et l’adresser à la DPE)
  • Le Défi Famille Zéro Déchet : L’Agence Parisienne du Climat  accompagne une centaine de familles sur plusieurs mois dans une démarche de réduction des déchets ménagers. Les clubs peuvent encourager leurs adhérents à s’inscrire gratuitement au prochain défi ou à rejoindre la communauté Facebook. Les membres de la communauté sont invités à relever des défis en autonomie et à les partager sur le groupe avec des récompenses à la clé. On y trouve bonnes adresses, événements du territoire, informations et conseils.

Les clubs prennent la parole :

  • Quelle est l’utilité de ramasser les mégots quand l’on sait qu’il n’existe pas de filière de recyclage ?

Cette action permet de rendre concret le problème de gestion de déchets auquel Paris doit faire face. D’une part cela incite les personnes qui ramassent les déchets à faire attention à leur propre production et d’autre part, cela permet de stimuler la création de filières de recyclage adaptées (notamment pour les mégots).

  • Les présidents des clubs sont des personnes ressources à mobiliser pour mettre en œuvre une démarche environnementale, sans leur rôle moteur, peu de changements peuvent advenir. Comment les sensibiliser à ces problématiques pour les pousser à prendre des mesures pour la réduction des déchets ?

Au sein des clubs, les adhérents peuvent agir ensemble pour demander que leur club/ fédérations/comités/ligues adoptent une démarche environnementale, et les inciter à participer aux ateliers de la communauté Sport et Climat.

  • La Ville pourrait-elle organiser des événements tels que des trocs party ou des animations de sensibilisation aux déchets ouvertes à tous les clubs qui utilisent un même équipement, dans la mesure où de nombreux clubs partagent les mêmes locaux ?

La DPE envisage tout à fait cette formule. La Ville est plus à même de coordonner ces activités car les clubs ne se connaissent pas forcément entre eux.

  • Dans chaque club, il faudrait désigner un ambassadeur des bonnes pratiques : un membre du club qui porterait les bonnes pratiques et sensibiliserait ses co-équipiers.

  • La majorité des clubs utilise les équipements de la Ville et n’ont pas la main sur leur gestion. Pour pouvoir agir, il faut embarquer les directeurs des sites également. Pour ce faire, nous pourrions mener des expérimentations dans un site pilote de la Ville où seraient organisées ce type d’initiatives. Par exemple, modifier le règlement d’un gymnase pour interdire les bouteilles d’eau en plastique.  

 

Identifier ses déchets pour mieux les réduire avec Zero Waste France

Zero Waste France est une association qui existe depuis 21 ans. Sa mission est de promouvoir le zéro déchet en informant, sensibilisant et en outillant les acteurs du terrain. Elle a également une action de plaidoyer pour faire progresser les lois et les réglementations. En mai 2019, elle a lancé la campagne Zero Waste Sport. Une équipe de coureurs Zero Waste a été formée pour que des athlètes deviennent des ambassadeurs des bonnes pratiques lors des événements sportifs, par exemple en refusant le goodies souvent distribués en fin de course. Le guide Mon événement sportif Zéro Déchet est disponible en ligne pour découvrir 12 actions pour réduire les déchets générés par son évènement sportif.

Quelques chiffres

Il est urgent de réduire les déchets produits en France, qui compte actuellement 230 décharges et 126 incinérateurs. Le déchet qui est mis à la poubelle n’est que la face immergée de l’iceberg des déchets liés à ce produit. La production d’un manteau nécessite par exemple l’utilisation de 110 kg de matière première pour sa fabrication.

Atelier participatif : comment réduire mes déchets en club de sport ?

Pour réduire ses déchets, la première étape est de déterminer l’ensemble des déchets produits par un club de sport, ce qui n’est pas toujours évident. Dans cet atelier, nous nous sommes concentrés sur les déchets créés dans le cadre des activités régulières d’un club, en dehors des évènements sportifs.  

Les déchets identifiés 

  • Matériel sportif (ballons, fléchettes, frisbees, plots, coupelles, frisbee, balles de ping pong…)

  • Textiles (chasubles, dossards avec puce électronique pour chronométrage)

  • Equipements (mobilier, parquets, revêtements)

  • Matériel administratif (papier, cartouches, matériel informatique)

  • Restauration (packs de bière, canettes), vaisselle jetable, bouteilles plastiques

  • Communication (affiches, flyers, signalétique

  • Eaux usées

Mieux gérer ses déchets avec la règle des 3 R 

  • Une fois les déchets identifiés, il faut agir pour mieux les gérer. Pour ce faire, il faut en priorité  réduire les déchets en évitant tous les déchets qui peuvent être évités. Cela implique d’acheter de meilleure qualité pour une durée de vie plus longue et de ne pas acheter uniquement des choses neuves, notamment pour les enfants ou les personnes ne pratiquant pas la compétition et n’ayant pas besoin d’un matériel très perfectionné. Pour ce faire, vous pouvez passer par le réseau des recycleries ou la Recyclerie Sportive qui est une association parisienne qui collecte et revend du matériel sportif usagé à prix très attractif.  
  • Les déchets qui n’auront pas pu être évités peuvent être réutilisés ou réparés. Là encore, des solutions de collecte sont proposées par les recycleries ou La Recyclerie Sportive.
  • Enfin, uniquement lorsque les deux actions précédentes n’ont pas pu être réalisées, il faut recycler pour valoriser la matière.

Bonnes pratiques

  • Pour les biodéchets, le mieux est de faire appel à un prestataire pour les collecter ou d’installer un compost ou lombri-composteur. Dans les 2e, 12e et 19e arrondissements, la Ville propose un système de collecte, en vue d’élargir à l’ensemble de la ville d’ici 2023. 
  • Certains achats peuvent être mutualisés entre clubs ou au niveau de la fédération, pour passer de l’économie de la possession à celle de la fonctionnalité. La location est également une solution intéressante pour certains équipements sportifs (cf. puces réutilisables pour les courses).
  • Pour la communication, il faut se demander si ce que l’on souhaite imprimer va être utilisé plus d’une seule fois. Dans le premier cas, il vaut mieux imprimer l’information et l’afficher dans un endroit accessible et pertinent, pour éviter qu’une pièce jointe lourde envoyée soit téléchargée plusieurs fois, le numérique ayant un impact écologique considérable. Sinon, préférer les emails à l’impression. Pour les cartouches, le système de cartouches rechargeables n’entraîne pas de surcoût
  • Pour les textiles, certaines courses interdisent dans leur règlement les dépôts sauvages sur le parcours sous peine de disqualification. Sinon, une opération de ramassage par les bénévoles pour réemploi ou recyclage en fin d’événement peut être réalisée.
  • Les goodies distribués en fin de compétition ou aux inscriptions deviennent souvent des déchets, mais s’en passer est délicat car les sponsors acceptent rarement de s’en passer. Il est possible de les diminuer en les proposant en option au moment de l’inscription à l’événement ou en proposant en alternative que le sponsor s’engage à reverser de l’argent à une association. Poser certaines conditions dans les contrats de partenariat (cf. pas de goodies en plastiques) reste une solution intermédiaire. De même, les médailles peuvent être proposées en option, payantes ou en bois (cf. la Grande Course du Grand Paris)

 

Gracie Barra Paris : un club de jiu-jitsu brésilien engagé

Ce club fait partie d’une des plus  grandes organisations de jiu-jitsu brésilien dans le monde et compte plus de 500 adhérents à Paris. Son président et fondateur, Julien Cazier, s’est lancé dans une démarche écologique pour des raisons environnementales mais aussi pour répondre à des problématiques du quotidien, d’ordre économique et logistique.

Il a élaboré son plan d’action autour de trois axes et rappelle qu’il ne faut pas vouloir tout changer d’un seul coup. Il a décidé de faire disparaître les bouteilles d’eau en plastique du club en stoppant leur distribution (et donc en renonçant à certains sponsors), en installant une fontaine à eau et en mettant à disposition des gourdes qui peuvent être empruntées par les adhérents le temps de leur entrainement. Il a également supprimé les inscriptions papiers au profit du numérique, réduisant ainsi sa consommation de papier de 80% et a banni le papier essuie-main au profit de serviettes réutilisables. Enfin, il a instauré un système de récupération des eaux usées des sèche-linges pour nettoyer les locaux. Un composteur a été installé pour les biodéchets. Afin de donner davantage de visibilité aux valeurs portées par le club, il a ajouté une clause dans les contrats des compétiteurs, les obligeant ainsi à porter un message environnemental. Autant d’actions dont pourront s’inspirer de nombreux clubs parisiens